
Serge
Latouche,
"Ce
qui est
ici en question est la critique du projet technicien qui
caractèrise la société
industrielle. J'entends par là la volonté de
remplacer le tissu social, les
liens de solidarité qui constituent la trame d'une
société, par une fabrication
; le projet inédit de produire les relations des hommes
à leurs voisins et à
leur monde comme on produit des automobiles ou des fibres de verre.
L'autoroute, le rein artificiel et l'Internet ne sont pas seulement des
objets
ou des systèmes techniques ; ils trahissent un certain type
de rapport
instrumental à l'espace, à la mort et au sens.
C'est ce rapport instrumental,
le rêve de maîtrise qu'il recouvre que la critique
se doit d'analyser pour en
mesurer les effets délétères"
Jean-Pierre Dupuy[2]
En 1994, lorsque j'écrivais la Mégamachine, les biotechnologies commençaient tout juste à se répandre et les semences transgéniques n'étaient pas encore l'objet d'un débat passionné, le clonage restait du domaine de la science fiction, les nanotechnologies étaient toujours dans les limbes et les rues françaises étaient libres de téléphones portables et de leur incivilité congénitale... Pourtant, 15 ans après, sauf quelques détails, je n'ai rien trouvé à y changer. Il y a là un paradoxe. L'extraordinaire dialogue entre Theuth, le dieu ibis inventeur du nombre, du calcul, de la géométrie et de l'astronomie "sans parler du trictrac et des dès" mais surtout de l'écriture et le roi Thamous, tel qu'il est rapporté dans le Phèdre de Platon, nous permet de le comprendre.
"Voilà, dit Theuth en présentant l'invention de l'écriture, Ô roi, qui procurera aux Egyptiens plus de science et plus de souvenirs ; car le défaut de mémoire et le manque de science ont trouvé leur remède !" A quoi le roi répondit : "O Theuth, découvreur d'arts sans rival, autre est celui qui est capable de mettre au jour les procédés d'un art, autre celui qui l'est, d'apprécier quel en est le lot de dommage ou d'utilité pour les hommes appelés à s'en servir ! Et voilà maintenant que toi, en ta qualité de père des lettres de l'écriture, tu te plais à doter ton enfant d'un pouvoir contraire de celui qu'il possède. Car cette invention, en dispensant les hommes d'exercer leur mémoire, produira l'oubli dans l'âme de ceux qui en auront acquis la connaissance ; en tant que, confiants dans l'écriture, ils chercheront au dehors, grâce à des caractères étrangers, non point au dedans et grâce à eux-mêmes, le moyen de se ressouvenir ; en conséquence, ce n'est pas pour la mémoire, c'est plutôt pour la procédure du ressouvenir que tu as trouvé un remède. Quant à la science, c'en est l'illusion, non la réalité, que tu procures à tes élèves : lorsqu'en effet, avec toi, ils auront réussi, sans enseignement, à se pourvoir d'une information abondante, ils se croiront compétents en une quantité de choses, alors qu'ils sont, dans la plupart, incompétents ; insupportables en outre dans leur commerce, parce que, au lieu d'être savants, c'est savants d'illusion qu'ils seront devenus !"[3]. Les réflexions du roi ressemblent étrangement à celles faites de nos jours par le théologien Ivan Illich, quand celui-ci, par exemple, dénonce "La condition "humaine" actuelle, dans laquelle toutes les technologies deviennent si envahissantes qu'on ne saurait plus trouver de joie que dans ce que j'appellerais un techno-jeune"[4]. S'appuyant sur Jacques Ellul, il développe le thème de l'humiliation de l'homme par la technique. "Nos pieds, dit Illich, qui nous avaient été donnés pour accomplir notre pèlerinage sur terre sont atrophiés au point de ne plus servir que d'outils pour pousser les freins ou l'accélérateur". La technique nous transforme ainsi en outil de son propre développement. C'est la mise en "dis-valeur" de l'homme, corollaire de la mise en valeur/destruction de la nature.
Même si la société grecque de Platon ignorait tout autant la société technicienne que celle d'Aristote la société de marché, qu'elle n'était ni capitaliste, ni thermo-industrielle, les deux grands philosophes avaient mis le doigt sur quelque chose d'essentiel dans les dimensions marchandes et techniciennes de ce que serait la modernité. Si le texte de Platon (pas plus que celui d'Aristote sur la chrématistique) n'a vieilli c'est qu'il ne s'agit pas de textes techniques de technique ou d'économie, mais d'une réflexion philosophique sur la technique et l'économie Si le monde de Platon et d'Aristote est à des années-lumière de celui de G. W. Bush, les questions que soulèvent ces penseurs restent les nôtres pour l'essentiel, et au niveau philosophique, ils sont encore nos contemporains. En ce qui concerne l'univers des techniques, les mythes, relayés par les utopies, puis la science-fiction ont déjà exploré depuis fort longtemps de multiples aspects de la mégamachine en voie de réalisation et que j'ai appelé "Occident". L'Occident, en effet, aujourd'hui nous apparaît comme une machine vivante, mi-mécanisme mi-organisme, dont les rouages sont des hommes et qui, pourtant, autonome par rapport à eux dont elle tire force et vie, se meut dans le temps et l'espace suivant son humeur propre. Ce qui n'éxistait pas encore il y a dix ou quinze ans, était déjà prévisible et contenu en puissance. Les mises en garde sur les bricolages du vivant et la fabrication de cybernanthropes ou sur la perte des libertés par les controles techniques restent d'actualité plus que jamais puisque les dangers n'ont fait que se renforcer. Si les exemples se renouvelent, les logiques demeurent inchangées. Il en est ainsi parce que nous nous situons sur un plan où le progrès n'existe pas[5].
Ainsi,
les analyses de "La mégamachine" de 1994 et de
"L'occidentalisation du monde" de 1989, semblent pour l'essentiel
pouvoir être reprises sans changement en 2005. La
récente publication dans la
collection du MAUSS, du savant ouvrage d'Andrew Feenberg, "(Re)penser
la
technique" nous donne l'occasion de faire le point sur la
possibilité de
"rénover" la modernité par l'apport des nouvelles
technologies, en
particulier sur le projet de la démocratie, et de tester
ainsi la validité des
annalyses de Jacques Ellul et d'Ivan Illich[6].
I - Peut-on
rénover
la modernité technicienne ?
La mégamachine, autrement dit l'Occident, déjà défini dans "L'occidentalisation du monde", comme mégamachine anonyme, n'est autre que la grande société, le monde des gagnants de "La planète". Si le technique y occupe une place centrale, cela tient surtout au fait qu'il est la forme en laquelle s'incarne le mieux l'imaginaire du progrès et que celui-ci joue un rôle structurant dans la modernité. Ellul dénonçait un totalitarisme technicien conduisant à une société totalitaire. La société technicienne est poussée certainement à s'enfermer totalement sur elle-même ; tout problème étant technique, ne peut trouver de solution que technique. Ainsi, la pollution engendrée par la technique réclame plus de technique pour résoudre les problèmes qu'elle pose. On songe, par exemple, à créer des bactéries nouvelles ou autres xénoorganismes pour dévorer ou recycler les déchets et les scories du technocosme. La technique engendre des situations telles qu'il parait bien impossible de s'en sortir sans recourir à encore plus de technique. Internet participe peut-être des solutions techniques à la destruction du lien social due à la société technicienne et contribue à remédier à la "solitude de l'homme moderne" en permettant à des déracinés d'entrer dans des communautés virtuelles et de s'éclater dans le deuxième monde du cyberespace...
Toutefois, faire pour cela d'Ellul un technophobe et un représentant de "l'essentialisme de la technique" montre de la part de Feenberg (mais aussi de beaucoup de critiques), une certaine incompréhension. En particulier, ce reproche témoigne de la méconnaissance de la distinction, capitale chez lui, entre "La technique", c'est-à-dire le système technicien, qui correspond à la modernité, avec "les techniques". Comme le souligne justement Ivan Illich, qui se considère comme un disciple du maitre, le premier apport de jacques Ellul "c'est l'impossibilité de comparer la technique moderne et ses terrifiantes conséquences avec la culture matérielle d'une autre société quelle qu'elle soit"[7]. Affirmer qu'il y a "une essence de la technique, et une seule, et qu'elle est responsable des problèmes principaux de la civilisation moderne" vaut peut-être pour Heidegger, mais pas pour l'auteur du système technicien, même si le rôle totalitaire attribué à celui-ci reste discutable. L'idée maitresse de Feenberg est que "le développement technique est un processus social et il ne peut se comprendre qu'en tant que tel"[8]. "J'affirme (...) que les technologies ne sont pas des dispositifs physiques que l'on peut extraire de valeurs sociales contingentes.
La technique incorpore toujours le social dans sa structure"[9]. Certes, mais Ellul ne dit pas autre chose et nous le suivons aussi totalement sur ce point. Paradoxalement, Feenberg lui-même n'échappe pas à un certain "substantialisme" de la technique qui constitue pourtant sa bête noire. Ainsi la phrase finale du livre, "Dans cet avenir, la technique ne sera pas un destin qu'il faut accepter ou rejeter, mais un défi à la créativité politique et sociale", attribue à une technique "essentielle" un rôle clef même si nous entendons bien que pour lui, elle "soit replacée dans le cadre du mouvement démocratique de l'histoire". Ellul, certes, dans certaines formulations, n'y échappe pas non plus (et nous-même aussi très probablement), tant il est vrai qu'il est difficile d'échapper à certaines manières de parler héritées. Plus, "notre" Mauss qui, presque seul entre tous, y a échappé en ce qui concerne l'économie, assumant un nominalisme/culturalisme sans faille, succombe au mirage du "primat du technique (...) indépendant et cause". C'est qu'il voit dans les techniques "un compromis entre la nature et l'humanité"[10]. Autrement dit, un invariant universel et transhistorique. Et pourtant, nous ne pouvons que souscrire pour l'essentiel à l'analyse critique du substantialisme à laquelle procède Feenberg. "Le substantialisme identifie la technique en général avec la technique occidentale moderne. Dans les techniques modernes, il y a assurément des réussites universelles dont nombre d'entre elles furent à l'origine empruntées à d'autres civilisations. Cependant, la forme particulière sous laquelle ces réussites ont été obtenues en Occident incorpore des valeurs qui, loin d'être universelles, appartiennent à une culture et à un système économique bien définis. Ainsi l'erreur du substantialisme ne réside-t-elle pas tant dans sa description de la technique moderne que dans son incapacité à en reconnaître la contingence historique"[11].
La principale différence entre l'approche de Feenberg et la mienne (et aussi celle d'Ellul) c'est qu'il veut intégrer la critique des thèmes techniques à la philosophie "sans perdre l'espace conceptuel qui permet d'imaginer une reconstruction radicale de la modernité"[12]. Autrement dit, sauver la modernité ou mettre en place des "moderntés alternatives". Pour ce faire, pense-t-il, il suffirait de règlementer "le cadre culturel de l'économie" pour rendre la modernité tout à fait présentable, alors que nous pensons qu'il faut en sortir et sortir en même temps de l'économie qui lui est consubstantielle. Sans doute, n'a-t-il pas tort d'insister sur "l'énorme flexibilité des systèmes techniques" ou sur cette "malléabilité de la technique", sous-estimée par Ellul. Il y a incontestablement des techniques qui rendent des services aux opprimés dans leur combat contre leurs oppresseurs. Il y a des techniques plus conviviales que d'autres, même dans notre système technicien. La machine à coudre individuelle inventée par Singer par amour pour son épouse, comme le rappelle Ivan Illich, l'est infiniment plus qu'une centrale atomique congénitalement porteuse d'hétéronomie[13]. La bicyclette est de même devenue une merveille technique favorisant l'autonomie et préservant l'environnement, sans commune mesure avec les 4/4...Toutefois, la question n'est pas là. Elle est qu'on ne peut pas juger une technique isolément de son contexte, c'est-à-dire de la société qui l'a produite. De la technique moderne on doit dire qu'il ne s'agit pas d'un outil neutre, encore moins d'un outil émancipateur en soi ou qui participerait d'un projet global d'émancipation de l'homme ; on ne peut pas dire non plus qu'elle émane d'une culture à objectif extra technoéconomique, comme les outils produits dans les sociétés précapitalistes, préindustriels, prémodernes... L'existence d'un outil convivial et autonome comme ceux précédemment cités est une heureuse exception dans l'univers de la technoscience. De là à penser que grâce aux "polémiques techniques" et aux "dialogues innovants" qui sont devenus "des dimensions incontournables de la vie politique contemporaine", on puisse déboucher sur des "appropriations créatives" significatives, il y a de la marge. Peut-être faut-il voir là un exemple de cette fraîcheur un peu naïve qui sépare la jeune Amérique de la vieille Europe. A moins que "La peur pathétique d'apparaître comme dépassé par quoi que ce soit, peur qui tient lieu de pensée chez la plupart des intellectuels de gauche (finisse) par aboutir aux noces actuelles de l'avenir radieux et du cybermonde"[14]...
Nous,
Européens sceptiques, croyons savoir que derrière
la mise en scène de la
démocratie procédurale, ce sont les lobbies qui
font les lois et la loi... La
"flexibilité interprétative de la technique" et
"l'invention
participative" nous semblent, à nous aussi
néanmoins, très importantes
pour limiter les dégâts du présent et
préparer un autre futur, mais cet heureux
avènement ne nous paraît possible qu'en changeant
de cadre. Tout est dans ce
changement. Il ne s'agit donc pas d'une "opposition radicale
à la
technique", mais bien d'une opposition radicale à la
société de marché.
"Il est possible que nous puissions encore établir une
société
démocratique où le progrès technique
servira le progrès de la
communication"[15]. Espérons le, mais
cela a quelques relents suspects
de cette "télédémocratie" qui incarne
les illusions des
"rénovateurs" de la modernité[16].
II - Les apories de
la télédémocratie.
La télédémocratie est un thème à la mode. Il existe aujourd'hui une utopie internet (déjà dépassée par l'utopie nanotechnologie), illustrant l'utopie technicienne qui courre depuis l'origine de la modernité, de Francis Bacon à Saint Simon et tous les prophètes de l'industrialisme. Il a existé aussi dans les années 70 une utopie "puce électronique". Il n'est pas inutile d'en rafraichir la mémoire, car il s'agit toujours du même plat qu'on nous sert indéfiniment réchauffé. En ce temps là, JJSS (Jean-Jacques Servan Schreiber) avait prédit que le micro processeur allait sauver le Tiers-monde et supprimer le sous-développement. On sait ce qu'il en est advenu...
Toute technique est porteuse de rêve et de phantasme, mais les techniques médiatiques l'ont sans doute été plus que toutes les autres. Déjà, l'invention de l'imprimerie avec Guttenberg a été un formidable vecteur de la réforme. La radio, la télé, la vidéo, le Minitel, avant internet, ont été des lieux d'espoirs et d'expériences sociales intéressantes. Brecht disait en son temps : "La radio pourrait être le plus formidable appareil de communication qu'on puisse imaginer pour la vie publique, un énorme système de canalisation, ou plutôt elle pourrait l'être, si elle savait non seulement émettre, mais recevoir, non seulement faire écouter l'auditeur, mais le faire parler, ne pas l'isoler, mais le mettre en relation avec les autres. Il faudrait que la radio, abandonnant son activité de fournisseur, organise cet approvisionnement par les auditeurs eux-mêmes"[17]. Internet réalise précisément cette possibilité.
Le développement des radio locales battant en brèche le monopole public des ondes en France a été un mouvement porteur d'espoir. La guérilla qui s'est déchaînée entre l977 et l981 a abouti à la fin du monopole public, mais la part des mouvements sociaux s'est rétrécie comme une peau de chagrin et l'on a assisté à des O. P. A à coup de millions sur les fréquences les plus convoitées et pour finir à la mainmise du groupe Hersant sur l'essentiel.
S'il n'y a pas eu en France de mouvements citoyens comparables pour la télé, et que la guerre des chaînes est restée une affaire de professionnels et de spécialistes, ici ou là (au Québec en particulier), des expériences et des espérances très intéressantes de télévision citoyenne de quartier se sont produites.
la vidéo, par son coût modeste et ses facilités d'utilisation, a fait renaître cette visée d'une autre télévision, décentralisée, permettant aux récepteurs de devenir émetteurs. On trouve déjà cette composante clef de l'offensive du multimédia, à savoir l'idéologie de l'interactif. "La vidéo comme transgression en faisant éclater formes et contenus de la télévision des familles" écrit Yonne Mignot-Lefebvre était porteuse de ces espoirs[18]. Les médias bon marché et populaires servent de véhicule à des mouvements contestataires. "Les modèles de société sont rejetés, note encore Yvonne Mignot-Lefebvre, mais nous pouvons constater que les technologies d'information sont utilisées sans tabou pour renforcer les patrimoines organisationnels naissants : informatique, téléphone mobile, réseau internet, cassettes vidéo..."[19]. C'est le cas en particulier avec les mouvements islamistes qui diffusent les prêches des imams et autres mollah en cassettes audio ou vidéo. Le rôle de la diffusion clandestine des cassettes de Khomeny dans la révolution iranienne n'a pas été négligeable.
L'important et la nouveauté, c'est en fait la baisse des coûts. la communication planétaire instantanée existe en effet depuis plus d'un siècle. Samuel Morse, en l838 déjà, avait imaginé de "faire de l'Amérique un village" grâce aux liaisons télégraphiques[20]. Depuis le début du siècle, dans différents pays, des expériences d'écoute en direct de concerts, d'envoi de nouvelles et d'informations diverses grâce au téléphone domestique ont été entreprises. Dès l909, A. T. T. décrivait son réseau comme "une autoroute de la communication"[21]. Toutefois, le fantastique abaissement des coûts rend accessible, désormais, même aux groupements paysans d'Amazonie l'échange interactif ! La planétarisation de l'information, qui a eu un rôle non négligeable dans les événements qui ont entraîné la chute du mur de Berlin, fait rêver (et pas seulement à gauche) d'une démocratie sans frontière. "La libre circulation de l'information génère un besoin de démocratie" (exemple Taiwan ou le Chili). La NII (National Information Infrastructure) pourrait aider à créer un "parlement électronique"[22], déclarait le vice président Al Gore. L'idée d'une télédémocratie avec ses citizenet est en l'air, elle a été développée en France par Pierre Levy. Il y a des façons très diverses de concevoir cette télédémocratie. Pour certains, c'est tout simplement ce mélange d'agora électronique et de supermarché qui a la faveur des pouvoirs publics américains et qui correspond à une alliance objective des anarchistes et des ultra-libéraux. Bill Gates qui a commencé sa carrière au sein du courant libertaire est tout à fait représentatif d'une génération d'entrepreneurs libéraux néo-anarchistes. Pour d'autres, internet représente la possibilité de retrouver une forme de démocratie directe, pour d'autres encore, c'est la base d'organisation d'une "société civile planétaire" constituant un contre-pouvoir à l'image des puissants réseaux écologiques aux États-Unis. Enfin, pour ceux qui sont restés trop longtemps devant leur écran, comme dit Walter Kirn, et ont attrapé "une éruption de millénarisme high-tech" ou ont succombé à "une attaque schizoïde fin de siècle", c'est l'entrée dans une cybersocialité voire un cybercommunisme pour internautes où, grâce à la numérisation de toutes les sensations, on pourrait bientôt vivre la totalité de ses phantasmes[23]... Internet peut carrément faire délirer. Mark Dery dénonce avec humour la "rhétorique du sublime technologique et le mythe technotranscendental" d'une utrahumanité. "Ces visions d'une cyberassomption, commente Roland Jaccard, sont une ruse fatale qui nous fait oublier le saccage de la nature, les déchirures du lien social et l'abîme qui se creuse entre l'élite technocratique et les masses sous-payées"[24].
Internet est-il le
loup dans la bergerie qui permettrait de battre en brèche le
quasi monopole
médiatique du Nord et singulièrement des
transnationales à dominante
nord-américaines ? "Il ne manquent pas de gens, note Chiara
Ottaviano, qui
affirment que les pays du tiers monde pourraient y trouver des
avantages
décisifs, du fait qu'ils auraient facilement à
disposition ce qui constitue
aujourd'hui la principale matière première : la
connaissance et
l'information"[25]. Il en est ainsi pour Christian
Huitema, chercheur
en informatique et membre de l'Internet Activities Board, auteur d'un
ouvrage
intitulé "Et Dieu créa l'Internet" (Ed.
Eyrolles). "L'internet,
déclare-t-il dans une interview
réalisée par @mail, peut être une
chance
extraordinaire pour les pays "en développement". Le
réseau doit
permettre à l'étudiant africain
d'accéder à la bibliothèque de la
Sorbonne, au
commerçant indien de proposer ses marchandises sans
intermédiaire à des clients
européens. Tout cela va dans le sens de plus
d'égalité"[26].
Remettons les
pendules à l'heure. En ce qui concerne le net, l'immense
majorité des
ordinateurs se trouve au Nord, l'immense majorité des sites
et des serveurs aux
États unis. Loin de résorber l'écart
Nord/Sud, le multimédia risque d'avoir
l'effet contraire[27].
Là encore, on ne peut s'empêcher de ressentir une impression de "déjà vu". On peut rappeler les espoirs et les déboires du "nouvel ordre mondial de l'information et de la communication", préconisé en 1977 par l'Unesco et la commission Mac Bride. On ne peut que souscrire à ce que disait alors un grand intellectuel africain, Babakar Sine : "L'essentiel n'est-il pas de tout faire pour que l'avènement de la civilisation de l'audiovisuel ne se traduise pas par l'évincement systématique et aveugle de cette culture africaine de base, qui se développe de façon vivante dans les communautés (les villages, les quartiers populaires) et dans la vie associative si riche du peuple. Et cela au profit et par le fait d'une manipulation et d'une approche technocratique des outils audiovisuels, qui seraient le fait de spécialistes détachés du peuple, qui concevraient programmes et émissions à partir de centre de décision lointains ? (...) Le problème est de provoquer une réelle prise de conscience devant un tel phénomène, et tout d'abord chez les peuples d'Afrique eux-mêmes. Comment pourront-ils s'approprier l'audiovisuel, y exprimer la nouvelle culture qu'ils portent en attente ? A quelles conditions les outils audiovisuels pourront-ils être détournés de leur usage actuel pour servir un projet libérateur de société ? [28]
Trente ans après, force est de constater qu'il s'agissait là de voeux pieux. Le N.O.I.I. et de la communication a été un total fiasco. Pour l'instant la cyberculture est massivement anglo-saxonne et singulièrement nord-américaine, même si elle n'émane pas nécessairement des groupes multimédia. Très rapidement, on risque de voir un nouveau type de pauvreté, la "pauvreté d'information", élargissant plutôt que diminuant le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres[29]. Dernier exemple actuel, la réussite d'Internet se fait aux dépens des hackers (développeurs informaticiens liés à la contre-culture américaine) qui en ont conçu les usages et, à terme au profit des entreprises"[30]. En ce qui concerne plus spécifiquement Internet, il s'inscrit malgré tout dans le projet de GII, global information infrastructure, impulsé par les États Unis, consistant à développer des "autoroutes de l'information" (un "réseau de réseaux"). Ce projet grandiose vise explicitement à la création d'un marché mondial plus généralisé, plus instantané, etc. "Il nous appartient, selon le vice président Al Gore, de construire une communauté mondiale dans laquelle les citoyens de pays voisins se regarderaient non comme des ennemis potentiels, mais comme des partenaires potentiels, tous membres d'une grande famille humaine reliés par une chaîne aux maillons de plus en plus nombreux. (...) Elle rendra possible la création d'un marché mondial de l'information, où les consommateurs pourront acheter et vendre. (...) La croissance mondiale peut s'enrichir de plusieurs centaines de milliards de dollars si nous nous engageons sur la voie de la GII"[31]. Cela, grâce à la suppression en l993 de la clause qui imposait un "usage acceptable" du réseau, c'est-à-dire qui en excluait en fait les activités commerciales[32]. "Pour la nation, les bénéfices potentiels du projet sont immenses. La NII permettra aux entreprises américaines de relever victorieusement le défi de l'économie mondiale, ce qui entraînera la création d'emplois intéressants pour nos concitoyens et générera de la croissance pour l'ensemble de la nation (...) et maintenir l'avance technologique des États-Unis"[33]."faciliter les échanges électronique d'information pour développer la mondialisation du commerce et des affaires"[34]. L'objectif américain se résume à : "plus de marchés pour nos produits et plus de produits pour le marché". Il s'agit donc de réaliser un supermarché virtuel ou cybermarché, accomplissant l'impossible idéal du Marché ultra libéral : instantanéité, transparence, universalité. C'est l'hypermarché électronique à domicile par teleshopping[35].
L'interactivité
d'internet a fait rèver de "démocratie sans
frontière" de
"parlement électronique" et de
"télédémocratie" avec
"nitizens" ou "citizenet"[36]. Sans pousser jusqu'au
délire de la cybersocialité,
la question d'une solution technique aux apories de la
démocratie directe peut
sembler légitime. Toutefois, si certaines techniques peuvent
résoudre certaines
difficultés techniques de sa mise en oeuvre, ces solutions
ne peuvent sûrement
pas se réaliser à l'intérieur du
paradigme de la modernité marchande, qui a su
déjà récupérer l'internet
pour le supermarché électronique
planétaire. Andrew
Feenberg lui-même, d'ailleurs, en convient - dans une note,
il est vrai.
"De telles améliorations supposent des formes d'organisation
plus
participatives qui pourraient se révéler
incompatibles avec le code technique
capitaliste"[37]. C'est bien mon avis !
Chico Mendes fut assassiné le 22 décembre 1988 dans le fin fond de l'Amazonie, à Xapuri. Comme par hasard le téléphone ne fonctionnait pas durant les heures qui s'ensuivirent et les portables n'existaient pas encore. Or il faut des heures de marche dans la forêt pour porter les nouvelles. Pourtant, la diffusion de l'information fut immédiate au Brésil et dans le monde entier. C'est que, si le web, à proprement parler, n'existait pas encore, internet, imaginé en 1964 par Paul Baran pour sauver les communications télématiques militaires en cas d'attaque soviétique, était utilisé dès les années 70 par les scientifiques pour échanger des informations ; et les ONG Nord-américaines, très actives dans la région fonctionnaient déjà en réseau interconnecté. De ce fait, la mobilisation nationale et internationale fut très rapide. Dans son édition du samedi 24 décembre, le "Jornal do Brasil" publiait sur une pleine page une interview du leader amazonien faite trois semaines auparavant.
Ainsi, grâce à une technique, inventée et mise au point par la CIA pour exercer un contrôle planétaire, le meurtre répugnant en forêt d'un résistant à l'oppréssion de l'économie-monde ne fut pas passé sous silence et, étant devenu un évènement global, a pu bouleverser la conscience planétaire. Depuis, le sous-commandant Marcos a fait mieux dans l'usage de la guérilla informatique pour populariser la révolte des Chiapas contre les "nouveaux maîtres du monde". Il est donc incontestable que certaines des techniques nouvelles donnent des instruments nouveaux au combat pour l'émancipation. Toutefois, les développements ultérieurs des exemples cités (la poursuite des expropriations en Amazonie, y compris sous le régime de Lula et la liquidation subreptice des leaders indiens des Chiapas) font douter de la possibilité de changer vraiment la donne grace à la technique. D'ores et déjà, on voit internet devenir progressivement un instrument du "bit business" ou "cyberbusiness" avec l'invasion des "infomerciales" (scénarisations de la publicité).
Il
y a une autre raison, plus profonde qui vicie à la base le
projet de
télédémocratie globale et qui porte
moins sur le volet technique que sur le
volet "global". Je me méfie de tout projet universaliste,
même
radical ou subversif. J'ai tendance à y déceler
des relans d'ethnocentrisme
occidental[38]." Pourquoi Dieu, se demande
Raimon Panikkar, en
détruisant le rêve de Babel, n'a-t-il pas voulu
d'un gouvernement mondial, d'un
marché mondial, d'une banque mondiale, d'une
démocratie mondiale ? Pourquoi a
t-il préféré, pour permettre aux
hommes de communiquer, de petites huttes à
échelle humaine, avec des fenêtres et des rues, et
non des autoroutes de
l'information ? (...) Pour le philosophe, (la réponse) c'est
pour que les
rapports humains restent personnels"[39].
L'idée qu'une humanité unifiée est la
condition d'un fonctionnement harmonieux
de la planète fait partie de la panoplie des fausses bonnes
idées véhiculées
par l'ethnocentrisme occidental ordinaire[40]. La diversité des
cultures est sans doute la
condition d'un commerce social paisible. En effet, chaque culture se
caractérise par la spécificité de ses
valeurs. Même s'il régnait un langage et
une monnaie commune sur la planète, chaque culture leur
accorderait des
significations propres et partiellement différentes. On peut
le vérifier sur le
plan économique. Si les places de marché, les
marchés-rencontre ont été pendant
des siècles sur presque tous les continents des lieux
d'échange pacifique, de
règlement des conflits, de circulation matrimoniale entre
voisins et même entre
ennemis, c'est que les transactions entre étrangers permises
par
l'intermédiation monétaire conservaient, en
dépit de son anonymat relatif, les
qualités du don réussi entre proches. Du fait des
différences d'échelles de
valeur, chacun en ressortait convaincu d'avoir fait une bonne affaire
(voire
d'avoir roulé son partenaire, lui-même
persuadé d'avoir réussi le même coup
!).
Les marchés africains illustrent abondamment cette ruse du
commerce pacifique
entre cultures diverses. "En attribuant une valeur morale
différente aux
denrées échangées, écrit
l'anthropologue Marco Aime, chacun des deux
protagonistes s'en sortira comme
le vainqueur suivant ses propres paramètres"[41]. Ainsi, le malentendu
interculturel est un
"facilitateur" d'harmonie dans l'échange social en faisant
règner la
conviction partagée par chacun d'avoir obtenu son
dû (voire même un peu
plus...). Il en va de même sur le plan politique. La
démocratie, en
particulier, ne peut probablement fonctionner que si la politie est de petite dimension et
fortement ancrée dans ses
valeurs propres. Dans une vision "pluriversaliste", les rapports
entre les diverses polities au
sein du village planétaire pourraient être
règlés par une "démocratie des
cultures". Bien évidemment, il ne s'agit pas là
d'un gouvernement mondial,
mais d'une instance d'arbitrage minimale entre des polities souveraines de statuts
très divers. "Quand je
m'oppose à un gouvernement mondial, remarque encore
Panikkar, je ne veux pas
aller contre une harmonie universelle ou contre une forme de
communication
entre les hommes. Je reconnais que l'idée de gouvernement
mondial est
fantastique et je comprends que celui qui la soutient ne veut pas
être le
président suprême de l'humanité, mais
désire l'harmonie, la paix, la
compréhension entre les peuples et voudrait
peut-être supprimer comme moi
l'État souverain. L'alternative que je cherche à
offrir serait la biorégion,
c'est-à-dire les régions naturelles où
les troupeaux, les plantes, les animaux,
les eaux et les hommes forment un ensemble unique et harmonieux. (...)
Il
faudrait arriver à un mythe qui permette la république
universelle
sans impliquer ni gouvernement, ni controle, ni
police mondiale. Cela requiert un autre type de rapports entre les
biorégions"[42]. Les technologies
sophistiquées peuvent aider au
fonctionnement technique d'une telle structure mais n'interferrent pas
sur son
principe.
Finalement, on ne
peut nier la puissance extraordinaire de l'instrument internet, en ce
qu'elle
change les données des luttes sociales. Le cas des versets
sataniques de Salman
Ruschdie ou le scandale du corsage brodé au Coran de Claudia
Shiffer dans une
présentation de mode en Indonésie, illustrent le
changement d'échelle apporté
par couple mondialisation/médiatisation dont internet est
une pièce maîtresse.
Internet permet aux chercheurs du monde entier de fonctionner en
réseau comme
une seule communauté constituant
une "intelligence collective", partageant des savoirs et
échangeant
en temps réel. Formidable ! mais comme le note Jean Loup
Anthony : "Est-il
vraiment utile qu'ils (les chercheurs) se mettent tous ensemble pour
détruire
plus rapidement la planète ? Einstein se posait
déjà cette question à la fin de
sa vie ! [43]". Toutefois, s'agissant de la
lutte contre la
mégamachine, on pourrait conclure assez lucidement avec le
philosophe Jacques
Poulain que nous tenons là la possibilité
inouïe de faire partager de façon
planétaire le constat de notre protestation impuissante.
[1]La
première partie de cette
contribution reprend en partie l'introduction de la nouvelle
édition de notre
livre "La mégamachine" La découverte, 2004.
[2]In "Pour un
catastrophisme
éclairé, Seuil, 2003, p. 28.
[3]Platon,
Phèdre (pour la présente
traduction, oeuvres complètes, édition de la
pleiade, 1950, tome 2, p. 75).
Voir aussi Neil Postman, Technopoly, The Surrender of Culture to
Technology, A.
Knopf, New York, 1992, et pour la présente citation Bollati
Boringhieri, Torino
1993, p. 12.
[4]L'origine
chrétienne des services, in
La perte des sens, Fayard 2004 p. 43.
[5]Maurice
Merleau-Ponty nous le
rappelle avec raison, voir L'Oeil et l'Esprit, Galllimard 64, p. 91-93.
[6]Andrew Feenberg,
(Re)penser la
technique. Vers une technologie démocratique, p. 217.
[7]Hommage d'Ivan
Illich à Jacques
Ellul, in Perte des sens, Fayard 2004, P. 154.
[8]op. cit, p. 52.
[9]op. cit, p. 202.
[10]voir
l'éclairant article de François
Vatin, Mauss et la technologie, in Revue du MAUSS, N° 23
premier semestre 2004.
pp. 423 et 424. Dans son commentaire, François Vatin en
rajoute une louche :
"La technique lui apparaît en effet comme le moteur du
processus de
"la Civilisation" qu'il conçoit au singulier dans la
destinée
prométhéenne de l'humanité" (Ibid. p.
425).
[11]op. cit, p. 217.
[12]op. cit, p. 39.
[13]Ivan Illich, La
convivialité, Le
Seuil, l973.
[14]Jean-Claude
Michéa, Révolte et conservatisme
: les leçons de 1984, La revue du MAUSS, n° 9, 1er
semestre l997, p. 202.
[15]Feenberg, op.
cit. p. 108.
[16]Pierre
Lévy, "La cyberculture en
question : critique de la critique. Revue du MAUSS, n° 9,
1semestre 1997.
[17]Brecht, l970, p.
137, cité dans
« Multimédia et communication
à usage humain », Dossier pour
un
débat, n° 56,
Fondation pour le progrès de l'homme, Paris, 1996. p. 145.
[18]Yvonne
Mignot-Lefebvre, Place de la
communication dans les enjeux de l'autonomie. Audiovisuel, nouvelles
technologies de l'information et changement social, I,
thèse, Paris X, l997, p.
129.
[19]Ibid. p. 339.
[20]Chiara
Ottaviano, Mezzi per
comunicare. Storia, società e affari dal telegrafo al modem,
Paravia, Torino,
1997, p. 142.
[21]Ibid. p. 118.
[22]« Multimédia
et communication à
usage humain », Dossier pour un
débat, n° 56,
Fondation pour le progrès de l'homme, Paris,
1996, p. 29 et 69.
[23]Jean-Louis
Weissberg, Internet, un
récit utopique, in Terminal n° 71/72,
Spécial Internet, L'Harmattan, l997.
[24]Mark Dery,
Vitesse virtuelle, ed. Abbeville,
l997, cité par Roland Jaccard, "Mythologies de la
cyberculture" le
monde des livres du 6/06/97.
[25]Op. cit. p. 132.
[26]Faire confiance
à la technique :
Cyber-interview de Christian Huitema, in Terminal
n° 71/72, Spécial
Internet, L'Harmattan, l997. p. 102.
[27]Michel Elie,
Internet et
développement, Futuribles, N° 214, novembre l996.
[28]Babakar Sine,
Audiovisuel et
extraversion culturel, Communication faite au colloque d'Epernay, 23-26
février
l977, pp. 9 et 11.
[29]Chiara
Ottaviano, op. cit. p. 132.
[30]Yvonne
Mignot-Lefebvre, op. cit. p.
35. Elle note encore : "Cette conjonction rare entre un mouvement
social
extrêmement fort et novateur et une nouvelle technologie de
communication, la
vidéo, était une efflorescence fragile
à durée brève de vie. Ce
phénomène s'est
reproduit depuis avec moins d'ampleur pour d'autres techniques, plus
cognitives
comme le micro-ordinateur, et récemment pour ces objets
nouveaux du désir que
sont les multimédias, les mondes virtuels, le cyberespace...
A chaque fois,
se réduit le temps de
mise au point des techniques tandis que se
rétrécit l'espace ouvert aux
développeurs et créatifs pour inventer de
nouvelles pratiques". Ibidem, p.
36.
[31]Discours du
vice-président Al Gore à
l'International Télécommunication Union, Buenos
Aires, le 21 mars l994.
Extraits tirés de "Multimédia et communication
à usage humain",
Dossier pour un débat 56, Fondation pour le
progrès de l'homme, 1996, pp.
78-87. Pour l'anecdote, on peut noter que le père du vice
président Al Gore,
inventeur du concept des autoroutes de la communication, dirigeait une
société
de construction d'autoroute... (voir Jean-loup Anhthony, Croissance
d'entreprise ou développement humain, in CIEPAD, rencontres
d'été l995).
[32]Chiara
Ottaviano, op. cit. p. 131.
[33]Multimédia,
op. cit. p. 63.
[34]Ibid. p. 101.
6millions d'Américains
utilisent déjà le
télétravail.
[35]Le rapport de
l'Union Européenne de
Martin Bangemann qui calque celui d'Al Gore conclut : "Les pays qui
entreront les premiers dans l'ère de l'information seront en
mesure de dicter
aux autres la suite des événements"Ibid. p. 113.
[36]Jean-Louis
Weissberg, "Internet,
un récit utopique" in Terminal n° 71/72,
L'Harmattan, 1997. Mark Dery,
"Vitesse virtuelle", ed. Abbeville, 1997. Roland Jaccard,
"Mythologies de la Cyberculture" le monde des livres du 6/06/97.
[37]Op. cit, p. 214.
[38]Je me
séparai déjà sur ce point de
Castoriadis. La lecture de Takis Fotopoulos renforce mes doutes.
[39]Le Monde du
mardi 2 avril 1996:
"Qui a peur de perdre son identité l'a
déjà perdue" (Entretien avec
Henri Tincq).
[40]Ce que Denis
Duclos qualifie fort
justement de "délires d'universalité"
à propos de "l'idéal dune
citoyenneté universelle et de son futur Etat
planétaire, fantasme
particulièrement présent chez les intellectuels
en France". Société-monde,
le temps des ruptures, La découverte-MAUSS, Paris, 2002, p.
217.
[41]Marco Aime, La
casa di nessuno,
Bollati Borighieri, Torino, 2002, p. 114. Voir aussi le dernier
chapitre de
notre livre "Justice sans limites", Fayard, 2003.
[42] Politica e
interculturalità, in
Reinventare la politica, L'Altrapagina, Città di Castello,
1995, pp. 22/23.
[43]Jean-loup
Anhthony, Croissance
d'entreprise ou développement humain, in CIEPAD, rencontres
d'été l995. p. 12.