L'article de Bertrand Le Gendre intitulé
Un mal français, le ruralisme, dans la première
page de votre numéro daté du 28 août m'amène
à vous faire part de mes réactions, tout d'abord
en ce qui concerne le coût de la politique agricole commune,
que l'auteur accuse de coûter cher, et d'engloutir la
moitié du budget européen. Ce budget européen
est, en fait très modeste puisqu'il ne représente
que le tiers du budget de l'Etat français. Par ailleurs
la PAC est non seulement la première, historiquement, mais
une des rares politiques européennes communes. Enfin, le
coût budgétaire de la PAC s'élève en
France à 7,6 milliards d'euros, ce qui, à titre
de comparaison, correspond à 127 euros par habitant et
par an, soit 5 % de la dépense alimentaire des consommateurs,
et 1 % de leur budget total...
Il convient de comparer ces chiffres avec la baisse séculaire
des prix agricoles - que l'épisode Méline cité
par l'auteur de l'article n'a pas fait cesser, mais à peine
freince - et qui se poursuit aujourd'hui: dans les vingt dernières
annces, les prix agricoles à la production ont baissé
de moitié (1).
Pascal Lamy, cité par l'auteur, montre fort bien que, si
ces subventions, qui ne font que compenser partiellement ces baisses
de prix, n'existaient pas, l'exode agricole en serait encore accentué
jusqu'à menacer l'existence même de l'agriculture
en France, hypothèse que retient justement l'ouvrage précédemment
cité. Or l'agriculture n'a pas pour seule fonction de produire
des aliments ou des molécules, mais de garantir la sécurité
alimentaire au plan quantitatif et qualitatif, ce dont une dépendance
du marché mondial évoquée dans l'article
est largement incapable. Ell est auusi gestionnaire de l'environnement,
responsable de cette campagne, que tant d'autres Européens
nous envient.
S'il est exact que, dans les exploitations de grande culture,
les subventions ont pu encourager des productions excédentaires,
pour beaucoup d'agriculteurs moyens et petits, accroître
la production a été le seul moyen de résister
au laminage de leurs revenus provenant - en dépit des aides
- de la baisse des prix à la production et de la hausse
concommittante des biens de production. La PAC est assurément
à réformer, non dans le sens d'une suppression des
aides, mais dans leur répartition qui, actuellement fondée
sur les surfaces cultivoes, encourage préférentiellement
l'agriculture industrielle et accentue les inégalités
entre régions naturelles.
1
voir L'agriculture a la
recherche de ses futurs, ouvrage collectif, Datar, éditions
de l'Aube, 2002.