(réflexion à
partir d'un article du Monde du 31.12.O3).
Quatre
parlementaires dissidents ont été exclus du Parti
des travailleurs et une contestation s'élève du
côté des intellectuels, sans que la popularité
de Lula soit atteinte (le Monde du 31.12.03). Mais la réforme
agraire promise ne progresse que plus lentement que prévu
: alors que 60 000 familles devaient bénéficier
de terres en 2003, les gouvernement pensait arriver à 40
000 mais, finalement, on n'en compte début décembre
que 21 000. Il y a eu encore 70 morts dans les conflits de la
terre en 2003. La contradiction éclate entre les propos
de Miguel Rosetto, ministre du développement agraire qui
déclare que « le Brésil peut continuer à
vivre avec ces deux modèles (l'agriculture familiale et
l'agrobusiness) et il y a assez de terres pour les deux »
et le MST (mouvement des sans-terre) qui, tout en déclarant
par son responsable Hermano Freilas que « le gouvernement
de Lula est notre allié » n'en avoue pas moins que
« l'agrobusiness et l'agriculture familiale sont incompatibles
».
Lula s'est engagé à remettre la terre à un demi-million de familles d'ici à la fin de son mandat. Le MST demande 1 million et constate que les résultats de cette année en matière de réforme agraire sont inférieurs à ceux obtenus sous le gouvernement de Cardoso. Thomas Balduino, président de la Commission pastorale de la terre déclare : « l'attitude conciliante de Lula camoufle son option pour l'économie au détriment du social ».
Autre son de cloche dans Alternatives internationales de janvier-février 2004, laissant entendre qu'il n'y a guère d'autre voie possible aujourd'hui que ce réformisme. Certes, une déconnexion trop brutale risquerait de provoquer une réédition de l'aventure chilienne. Mais un réformisme trop mou est aussi un piège. Naviguer entre ces deux écueils est certainement difficile. Quoi qu'il en soit, l'expérience brésilienne est à suivre et son avenir capital pour tout le continent et au-delà.